17.1.13

Actes du colloque 1859

Une première partie des actes du colloque "1859. Archéologues et géologues dans l'épaisseur du temps" sont publiés aux Nouvelles de l'archéologie :
Noël Coye, Arnaud Hurel (dir.), " Les origines de la préhistoire : une histoire actuelle ", Les Nouvelles de l’archéologie, n° 129, 2012, pp. 3-41. Ils sont consultables en ligne sur le site Internet de la revue.

Sommaire de ce numéro :


La seconde partie de ces actes, consacrée à l'émergence des études préhistoriques dans les pays méditerranéens, paraitra en 2013 dans le Bulletin du Musée d'anthropologie préhistorique de Monaco. Lire la suite...

9.5.11

Dans l’épaisseur du temps Archéologues et géologues inventent la préhistoire



Dans l’épaisseur du temps
Archéologues et géologues inventent la préhistoire
Sous la direction d'Arnaud Hurel & Noël Coye

Livre paru en mai 2011 aux Publications scientifiques du Muséum, collection Archives, 442 p., nombreuses illustrations. 35 €
ISBN : 978-2-85653-666-7 / ISSN : 1281-7139
Ce livre est disponible en librairie et peut être commandé aux Publications scientifiques du Muséum

Pour consulter le Sommaire

C’est autour de l’année 1859 que la préhistoire s’affirme, à l’échelle de l’Europe, comme un domaine de recherche nouveau et fécond. Les grandes disciplines des sciences naturelles (géologie, paléontologie…) et des sciences de l’homme (archéologie, histoire, philologie…) participent à la création de cette nouvelle science à travers les débats fondateurs portant sur l’ancienneté de l’homme et sur son origine animale.
En une décennie, c’est toute la conception des origines de l’humanité qui s’en trouve bouleversée de façon profonde et durable au moment même où se diffuse la théorie darwinienne de l’évolution.
Cet ouvrage propose une relecture de cette période primordiale de l’histoire de l’archéologie préhistorique. Pour cela, il s’intéresse non seulement aux découvertes et aux idées qui ont nourri la connaissance mais également aux acteurs (chercheurs officiels et amateurs) et aux institutions (congrès, revues, sociétés savantes, musées, Muséum…) qui ont porté son développement et son rayonnement. Cette étude se place en continuité avec les démarches actuelles de la recherche sur les premières industries du Nord de la France et de la muséologie de la préhistoire.
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19.8.09

Communications en podcast

Dans le cadre du partenariat établi avec Canal Académie, certaines des communications du colloque sont aujourd'hui disponibles et téléchargeables en podcast sur le site de Canal Académie selon quatre thématiques :

Préhistoire et darwinisme : La complexité du courant évolutionniste (1/4) avec Stéphane Tirard

Naissance de la préhistoire méditerranéenne au XIXe siècle (2/4) avec José M. Lanzarote et José Farrujia de la Rosa

Les débuts de l’archéologie préhistorique : entre religion et exil (3/4) avec Monique Rémy-Watté, Piotr Daskiewicz et Danny Defrance

L’art dans la préhistoire (4/4) avec Florence Bouvry et Denis Vialou Lire la suite...

25.3.09

Présentation

À partir des trois approches identifiées et proposées dans la note d’intentions ayant constitué l’appel à communication, le programme du colloque a été structuré en cinq thématiques qui présentent une continuité intellectuelle et replacent en perspective démarche historique sur les origines de l’archéologie préhistorique en tant que discipline internationale et questionnement archéologique et géologique sur les plus anciennes industries du Nord de la France et de l’Europe.
Le premier thème explorera le contexte scientifique et intellectuel, en retraçant l’impact des théories de l’évolution sur la préhistoire naissante et en replaçant la discipline dans le contexte plus général des questions vives qui animent les sciences humaines dans la première moitié du XIXe siècle.

Dans ce contexte, un ensemble de communications s’attachera alors au débat sur l’homme fossile et aux travaux de Boucher de Perthes. Après une réflexion sur les sources d’archives et sur les collections qui permettent d’aborder le personnage et son œuvre, les communications s’attacheront à une analyse contextuelle du débat et de son déroulement.
Par la suite, le colloque abordera les questions de la réception du débat dans différentes communautés intellectuelles ou de son impact sur l’archéologie à travers certaines questions scientifiques particulières. Une attention plus particulière sera accordée au domaine méditerranéen, dont les pays dotés d’une forte tradition antiquaire présentent des configurations intellectuelles et institutionnelles particulières et jusqu’alors très peu étudiées.
Enfin, l’approche historique sera mise en perspective avec la réflexion archéologique pour interroger les connaissances comme les pratiques de la recherche actuelle, que celles-ci se déroulent sur le terrain ou en laboratoire. La question des plus anciennes industries humaines dans le Nord de la France, dont le dossier est encore aujourd’hui ouvert et convoque souvent les découvertes anciennes, comme la compréhension de ces industries en lien avec une conception globale de la nature humaine, sont des aspects qui interrogent le fondement même de la discipline préhistorique et de ses pratiques.

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23.3.09

Programme du colloque : 25 juin

9h30-10h00 – Accueil des participants

10h00 – Ouverture du colloque
Henry de Lumley : Intervention inaugurale
Arnaud Hurel, Noël Coye : Présentation du colloque

10h20 – Session 1 : Le contexte scientifique et intellectuel
Arnaud Hurel, Noël Coye : L'état de la question
Stéphane Tirard : Des théories pour l’évolution
Claude Blanckaert : Chrono-logiques, le tournant historiciste des sciences humaines

11h20 – Débat session 1

11h40 – Session 2 : Boucher de Perthes et le débat sur l’homme fossile
Présidence de séance : Claude Blanckaert (Centre Alexandre Koyré)

Yann Potin : Archéologie d’un « sanctuaire de la Préhistoire » : histoire perdue, mémoire retrouvée (Hôtel de Chepy, Abbeville, 1859-1954)
Rachel Orliac : Une invention de la Préhistoire par les objets, histoire et devenir de la collection Boucher de Perthes
Jean-Yves Pautrat : L’Homme antédiluvien : les vestiges de l’homme et l’avenir des commencements

12h40 - Déjeuner libre

14h00 - Session 2 (suite)

Sébastien Dubois : Regard croisé sur deux fondateurs de la préhistoire française : Édouard Lartet et Jacques Boucher de Perthes
Jean-Pierre Mohen : Boucher de Perthes, sa volonté d’affirmer l’importance de ses recherches dans la vallée de la Somme et la création le 8 mars 1862 du Musée de Saint-Germain-en-Laye
Marie-Françoise Aufrère : L’histoire de l’archéologie préhistorique comme patrimoine : Léon Aufrère et Boucher de Perthes

15h00 – Débat session 2


15h30 – Session 3 : Naissance de la préhistoire méditerranéenne
Présidence de séance : Jean Guilaine (Collège de France)

Carmen Santagata : La préhistoire à Capri : les origines de la recherche sur le Paléolithique en Italie
Massimo Tarantini : Traditions et antagonismes disciplinaires : géologie, archéologie et palethnologie en Italie (1855-1876)

16h10 – Pause

16h40 – Session 3 (suite)

Ana Cristina Martins : À la croisée des chemins : le Portugal et l’ancienneté de l’homme (1859)
José M. Lanzarote : Archéologues et préhistoriens en Espagne à la fin du XIXe siècle
José Farrujia de la Rosa : Le colonialisme et le « Collège invisible » dans l’émergence de l’archéologie canarienne au XIXe siècle

17h40 – Débat session 3

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Programme du colloque : 26 juin

9h30-10h00 – Accueil des participants

10h00 – Session 4 : La réception du débat et son impact sur l’archéologie
Présidence de séance : Jean-Pierre Mohen (Directeur du projet de rénovation du Musée de l’Homme)

Nathalie Richard : 1859. Les sociétés savantes et la question de l’antiquité de l’homme
Nadia Pizanias : Répercussions de l’affirmation de la haute antiquité de l’homme dans la presse chrétienne
Fanny Defrance : La question religieuse dans la première archéologie préhistorique
Monique Rémy-Watté : 1859 et la naissance de l’archéologie préhistorique en Normandie
Piotr Daszkiewicz : Science en exil - Le rôle des émigrés politiques dans la réception du darwinisme, la naissance de l’anthropologie et le début des recherches préhistoriques en Pologne

12h00 – Débat session 4

12h40 – Déjeuner

14h00 – Session 5 : L’histoire à l’épreuve de la pratique archéologique actuelle
Présidence de séance : François Sémah (Directeur du département de préhistoire du MNHN)

Jean-Jacques Bahain, Pierre Antoine, Patrick Auguste, Jean-Pierre Fagnart, Nicole Limondin-Lozouet, Jean-Luc Locht : Quaternaire et préhistoire dans la vallée de la Somme, cent cinquante ans d’histoire commune
Alain Tuffreau : Les premières industries dans le Nord de la France : un état de la question
Marylène Patou-Mathis : Apports des ossements fossiles de grands mammifères au débat sur l’ancienneté de l’Homme

15h00 – Pause

15h30 - Session 5 (suite)


Florence Bouvry : L’influence des idées sur le jugement émis sur le Mésolithique et ses productions esthétiques
Denis Vialou : …Et l’art fit l’homme
François Sémah, Serge Bahuchet, Jean-Pierre Mohen, Évelyne Heyer, Dominique Grimaud-Hervé, Zette Cazalas : L’Homme à la visite de son temps, de ses espaces et de sa vie. Introduire le temps de la Préhistoire dans un nouveau Musée de l’Homme

16h30 - Débat
session 5

17h30 – Synthèse et conclusions

À partir des points forts des différentes communications présentées, les organisateurs proposent une discussion générale dont la teneur reste évidemment à préciser mais qui explorera deux principales pistes :
- d’une part, l’apport des nombreux travaux conduits ces vingt dernières années sur l’histoire de l’archéologie à la conception de la fondation de la préhistoire en tant que discipline,
- d’autre part, la façon dont nos interrogations sur l’année 1859 nous conduisent à repenser notre connaissance de la préhistoire ancienne et notre regard sur nos pratiques archéologiques.

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22.3.09

Titres et rattachements des intervenants

Pierre ANTOINE
Directeur de recherches au CNRS, Laboratoire de géographie physique « Pierre Birot » UMR 8591 du CNRS
Marie-Françoise AUFRÈRE
Professeur de philosophie
Jean-Jacques BAHAIN
Maître de conférences, Département de préhistoire du Muséum national d’histoire naturelle, UMR 7194 du CNRS
Serge BAHUCHET
Professeur, Muséum national d’histoire naturelle, Département Hommes, Natures, Sociétés, UMR 7206 du CNRS
Claude BLANCKAERT
Directeur de recherches au CNRS, Centre Alexandre Koyré – UMR 8560 du CNRS
Florence BOUVRY
Professeur agrégé en arts plastiques, Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3
Zette CAZALAS
Muséographe, Agence Zen & Co
Sylvie COUTARD
Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), UMR 8591 Laboratoire de géographie physique « Pierre BIROT » (LGP), Meudon
Fanny DEFRANCE
Doctorante, École Pratique des Hautes Études, Paris
Piotr DASZKIEWICZ
Ingénieur, Service du Patrimoine naturel, Muséum national d’histoire naturelle
Sébastien DUBOIS
Doctorant, Université de Toulouse le Mirail, TRACES - UMR 5608 du CNRS
José FARRUJIA DE LA ROSA
Sociedad Española de Historia de la Arqueología, Tenerife. Islas Canarias
Professeur Jean GUILAINE
Professeur honoraire au Collège de France
Dominique GRIMAUD-HERVE
Muséum national d’histoire naturelle, Département de Préhistoire, UMR 7194 du CNRS
Evelyne HEYER
Professeur, Département Hommes, Natures, Sociétés, UMR 7206 du CNRS, Muséum national d'histoire naturelle
José M. LANZAROTE
Doctorant, Institut universitaire européen de Florence
Jean-Luc LOCHT
Ingénieur, Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), UMR 8018 du CNRS « Préhistoire et Quaternaire », université des sciences et technologies de Lille
Henry de LUMLEY
Directeur de la fondation Institut de paléontologie humaine, Prince Albert Ier de Monaco
Ana Cristina MARTINS
Instituto de Investigação Científica Tropical / Uniarq – Centro de Arqueologia da Universidade de Lisboa
Jean-Pierre MOHEN
Muséum national d’histoire naturelle, Projet du Nouveau Musée de l’Homme
Rachel ORLIAC
Direction des collections, Muséum national d’histoire naturelle
Marylène PATOU-MATHIS
Directrice de recherche au CNRS, Muséum national d’histoire naturelle, Département de Préhistoire, UMR 7194 du CNRS
Jean-Yves PAUTRAT
Professeur agrégé de philosophie
Nadia PIZANIAS
Doctorante, université de Paris I Panthéon-Sorbonne
Yann POTIN
Professeur agrégé d’histoire, ancien élève de l’École nationale des chartes, enseignant en histoire à l’Université Paris X-Nanterre LAHIC / Anthropologie de l’écriture – UMR 8177 du CNRS
Monique RÉMY-WATTÉ
Professeur agrégé d’histoire, doctorante à l’université du Havre
Nathalie RICHARD
Maître de conférences, université de Paris I Panthéon-Sorbonne
Carmen SANTAGATA
Doctorante, université Sciences et Technologies Bordeaux 1
François SEMAH
Professeur, Muséum national d’histoire naturelle, Département de Préhistoire, UMR 7194 du CNRS
Massimo TARANTINI
Dipartimento di Archeologia e Storia delle Arti, Sezione di Preistoria – Università di Siena
Stéphane TIRARD
Maître de conférences, université de Nantes, REHSEIS - UMR 7596 du CNRS
Alain TUFFREAU
Professeur, directeur du Laboratoire préhistoire et environnements quaternaires de l’Europe du Nord-Ouest, Université des Sciences et Technologies de Lille
Denis VIALOU
Professeur, Département de préhistoire du Muséum national d’histoire naturelle, UMR 7194 du CNRS
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…Et l’art fit l’homme

Denis Vialou
…Et l’art fit l’homme

Le concept d’Homo faber au début du XXe siècle s’est emparé de l’image de l’Homme préhistorique, le confinant dans le monde de l’utile, c'est-à-dire un monde de nature technique et économique.
La reconnaissance, ethnographique puis esthétique, d’arts primitifs, également dans la première moitié du siècle dernier, apporta une nouvelle vision de l’étendue culturelle des sociétés et du pouvoir créateur universel de l’Homme, au sein même de ses diversités historiques et culturelles.
Cependant, le XIXe siècle avait déjà apporté cette dimension transcendantale, pourrait-on dire, de l’Homme encore primitif des plus lointains passés, ceux de ce qui fut appelé Préhistoire. En effet, les découvertes répétées d’objets gravés et sculptés, inaugurées en 1834 à Chaffaud par un fragment de côte d’herbivore gravée de deux biches soigneusement figurées, alors classé « antiquité préceltique » dans le Musée Cluny, avaient conduit à concéder aux Préhistoriques (encore inconnus) le statut flatteur d’ « artistes ».
Avant même les découvertes de parois ornées paléolithiques (à partir de 1879 à Altamira, Espagne), la qualification du beau (résolument académique à cette époque) et la catégorisation d’objets d’art, sculptés notamment, avaient fait de ces supposés primitifs, d’authentiques hommes, parachevés en quelque sorte ; leurs fabrications d’outils de pierre qui permirent de les identifier en tant que tels, avant « 1859 », n’avaient pas permis de leur accorder un niveau supérieur de comportements sociaux.
Ainsi, dès les premières découvertes des cultures matérielles préhistoriques au cours du XIXe siècle, puis au début du XXe siècle de la découverte de l’ampleur et de la diversité des cultures et des civilisations, l’art, c'est-à-dire tout ce qui était confié à ce concept générique de productions humaines non utilitaires, avait fait de l’Homme un Humain parfait, accompli dans le sens du progrès véhiculé par l’idéologie positiviste et académique d’alors en vigueur.

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L’influence des idées sur le jugement émis sur le Mésolithique et ses productions esthétiques

Florence Bouvry
L’influence des idées sur le jugement émis sur le Mésolithique et ses productions esthétiques

Dans l’époque effervescente de l’anthropologie naissante, l’Europe revendique, tout en discutant l’évolutionnisme de Darwin, le progrès technique comme modèle de vie à adopter. Quelle influence les idées évolutionniste, positiviste, ethnocentrique ont-elles eu sur le jugement émis sur le Mésolithique et ses productions esthétiques ?
Dès 1850 les recherches du monde savant se tournent vers le passé le plus ancien et les origines de l’homme. L’évolutionnisme est au cœur des réflexions. Se multiplient les interrogations sur l’unité de l’espèce humaine, sur les raisons des différences culturelles. Il faut savoir pourquoi, si toute l’humanité est soumise au même mouvement historique, certaines sociétés ont progressé tandis que d’autres paraissent figées dans une irrémédiable primitivité. C’est dans ce contexte que se développe l’idée de race, de différence (c’est à dire d’inégalité) biologiquement donnée, notion appelée à rendre compte de la stagnation culturelle des populations non occidentales. Les civilisations non européennes sont classées selon leur indice de technicité. Le perfectionnement technique est à l’origine du progrès moral, du développement des Beaux-arts et des Belles-lettres.
C’est sur cette toile de fond que la périodisation mésolithique a été mise au jour, au moment de la découverte d’hommes fossiles comparables aux hommes sub-actuels qui confirmaient par leurs différents âges, les différents stades techniques du Paléolithique.
D’une part, suivant la théorie du progrès, le Mésolithique représente une société en régression technique par rapport à l’âge d’or de la civilisation magdalénienne. Il est classé au bas de l’échelle évolutionniste.
D’autre part, sous l’influence des tenants de l’académisme qui prônent la théorie de l’art imitation, les valeurs esthétiques sont imprégnées des idées héritées de L. de Vinci : la peinture est le premier des arts. Au regard de ce dogme, les Mésolithiques qui se limitent à quelques objets décorés de traits sont inférieurs aux Magdaléniens tout comme les Africains qui se limitaient à la sculpture, étaient nécessairement inférieurs aux occidentaux.
Dans ce contexte et dont l’idée de l’art perdure encore en ce XXIe siècle, comment parler d’art à propos des objets mésolithiques qui sont gravés et ou peints de traits bâclés, informes -premier stade du dessin-, sans figuration naturaliste- réaliste ? Pouvait-on, peux-t-on imaginer les étudier comme œuvres d’art ?

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Apports des ossements fossiles de grands mammifères au débat sur l’ancienneté de l’Homme

Marylène Patou-Mathis
Apports des ossements fossiles de grands mammifères au débat sur l’ancienneté de l’Homme

Les ossements fossiles de grands mammifères ont tenu une place importante lors des débats relatifs à l’Ancienneté de l’Homme. Connus depuis au moins l’Antiquité (Lucrèce, De natura rerum) et au Moyen-Âge, ils ont servi dans un premier temps à caractériser les ères géologiques. Au XVIIIe siècle, quelques savants allemands, français et anglais réfléchissent à partir des découvertes d’objets préhistoriques, y compris les os d’animaux fossiles, à la succession des ères géologiques. Au début du XIXe siècle, les paléontologues cherchent à démontrer que les outils préhistoriques sont contemporains des animaux disparus dont ils ont retrouvé les ossements. En 1828, Tournal (Annales des Sciences Naturelles, vol. V, p. 348) signale la présence de l’Homme au milieu d'une faune appartenant au Quaternaire dans la grotte de Bize (Aude), cette découverte est confirmée par les recherches menées, en 1833 par Schmerling, dans les cavernes des environs de Liège (Belgique). Un tournant a lieu dans cette deuxième moitié du XIXe siècle. La paléontologie animale, discipline émergeante, va renforcer d’une part la théorie de l’évolution et d’autre part celle de l’origine animale de l’Homme. Par ailleurs, sans utiliser le terme, Charles Lyell publie en 1863, le premier ouvrage général sur la palethnologie, terme qui sera deux ans plus tard, définie par Gabriel de Mortillet (Recherche de l'Origine et du Développement de l'Humanité, 1900). Dès lors, les ossements d’animaux bruts et transformés (outils osseux, parures, support d’art mobilier) vont également contribuer à la mise en évidence des modes de vie des Préhistoriques et de leurs comportements socio-culturels. Nous tenterons, en mettant en parallèle les méthodes anciennes et actuelles, de montrer en quoi les ossements fossiles ont fait progresser les connaissances relatives à l’ancienneté de l’Homme et comment la paléontologie, en s’adaptant aux nouvelles approches théoriques, a évolué vers ce que l’on nomme aujourd’hui l’archéozoologie.

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Entre la « peur du singe » et l’affaire Altamira : Les débuts de l’archéologie préhistorique en Espagne (1859-1898)

José M. Lanzarote
Entre la « peur du singe » et l’affaire Altamira : Les débuts de l’archéologie préhistorique en Espagne (1859-1898)

Les années 1859-1898 constituent la période de la découverte et de la reconnaissance de la préhistoire en Espagne. Au niveau international cette période est caractérisée par la création du cadre conceptuel de la préhistoire dans un milieu contexte d’étroits échanges intellectuels entre les divers pays. L’Espagne a fait partie de ce processus, mais d’une manière parfois timide. En effet, jusqu’à la fin du XIXe siècle, la communauté scientifique espagnole a surtout reçu et adapté les influences étrangères, comme par exemple la périodisation de la préhistoire, tout en apportant également quelques éléments au débat.
Du point de vue professionnel, ce sont des ingénieurs, comme Casiano del Prado, ou des naturalistes, comme Juan Vilanova y Piera, qui sont ceux qui ont mené les premières recherches préhistoriques en Espagne. En particulier, Prado a dirigé les fouilles du site de San Isidro, près de Madrid, un des premiers gisements paléolithiques identifiés en Europe. Prado avait visité les travaux de Boucher de Perthes dans les terrasses de la Somme, et lui aussi a reçu la visite de géologues français, comme L. Lartet et Verneuil, qui confirmèrent ses découvertes. Si, à cette époque, la découverte des sites de l’âge de la pierre n’ont n’a pas provoqué d’agitation particulière dans le grand public, en revanche la réception des idées de Darwin a très tôt suscité des polémiques et généré une ligne de fracture tant dans la communauté scientifique que dans la société. C’est à partir de 1868 que les idées évolutionnistes ont pu circuler librement en Espagne, après la révolution libérale qui a mis fin à la monarchie d’Isabelle II. Or, le problème s’est posé avec acuité en 1875 lorsque la diffusion du Darwinisme fut à l’origine d’une crise universitaire, au cours de laquelle quelques professeurs furent expulsés de l’université.
La préhistoire espagnole va acquérir une vraie notoriété internationale avec la découverte de la Grotte d’Altamira puis sa présentation en 1880, bien que les thèses de Sanz de Sautuola sur l’ancienneté des peintures soient alors rejetées par presque toute la communauté scientifique. Seul Vilanova, antidarwiniste convaincu, continua à défendre son authenticité. L’affaire Altamira montre dans quelle mesure la science espagnole souffrait de problèmes structurels : une faible institutionnalisation, une présence tardive dans les milieux scientifiques internationaux (desquels dépendait l’acceptation ou non des nouvelles découvertes), et des contradictions théoriques. Ces problèmes seront d’actualité dans la période suivante (1898-1936), caractérisée par l’établissement des structures de recherche, la professionnalisation historiographique et la création d’un cadre légal pour le développement de la préhistoire.


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À la croisée des chemins : le Portugal et l’ancienneté de l’homme (1859)

Ana Cristina Martins
À la croisée des chemins : le Portugal et l’ancienneté de l’homme (1859)

Alors que la préhistoire naissait en tant que science et que le livre de Darwin, L’Origine des espèces, était publié, le Portugal connaissait une rénovation profonde du point de vue social, économique et culturel. Cette époque était ainsi celle de l’ouverture du Cours Supérieur de Lettres à Lisbonne. Néanmoins, des thèmes aussi cruciaux pour l’avenir, comme la préhistoire et l’évolutionnisme, n’étaient pas convenablement discutés et diffusés dans un territoire fermement engagé dans son développement et séculairement dominé par l’Église.
Toutefois, il y avait des intellectuels très attentifs aux événements étrangers, notamment en ce qui concernait les études archéologiques, en général, et préhistoriques, en particulier. La majorité d’entre eux vécut en exil à Paris et à Londres jusqu’à la victoire libérale (1833). Là, ils profitèrent de l’ambiance culturelle et académique et s’efforcèrent de l’établir au Portugal, spécialement à la capitale. Ils furent les principaux acteurs des débats sur la grande ancienneté de l’Homme, publiant des articles dans différents journaux nationaux. Cependant, la théorie évolutionniste ne fut introduite officiellement au pays qu’en 1865, tandis que la seconde Commission géologique du Portugal (1857-1868) conduisait les premières études préhistoriques, orientées par les géologues Carlos Ribeiro - le concepteur de l’Homme Tertiaire -, Francisco Pereira da Costa et Joaquim Filipe Nery Delgado.
Dans notre communication, nous exposerons les moyens, les contenus et les protagonistes de la réception académique et publique, au Portugal, de la naissance de la préhistoire et de l’évolutionnisme. Nous analyserons comment ces domaines scientifiques ont concouru au développement de la science archéologique et à l’accroissement des collections des musées, tout en réfléchissant sur l’importance des parallélismes ethnographiques (notamment africains) dans ce processus.

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Traditions et antagonismes disciplinaires : géologie, archéologie et palethnologie en Italie (1855-1876)

Massimo Tarantini
Traditions et antagonismes disciplinaires : géologie, archéologie et palethnologie en Italie (1855-1876)

On propose une synthèse concernant la «naissance» de la préhistoire en Italie, en prêtant une attention particulière au cadre historique aussi bien qu'aux recoupements et aux antagonismes qui se créèrent parmi deux traditions de recherche différentes.
En effet, à l’origine de la « naissance » de la préhistoire en Italie il y eut deux traditions disciplinaires distinctes : d'un côté, la tradition antiquaire, qui focalisait son attention sur tout ce qui relevait de l'histoire locale et, par conséquent, sur les restes archéologiques des populations préromaines ; de l’autre côté, les sciences de la nature, la géologie notamment, liées au débat européen et dotées de l’outil de recherche stratigraphique. La théorie évolutionniste quant à elle, se répandit quelques années après les premières études de préhistoire et joua un rôle particulier par rapport aux fortes polémiques entre les laïcs et les catholiques.
Pendant les années 1860 la préhistoire, malgré d’importants recoupements, pour ce qui concerne les attributions disciplinaires, se divisa entre une période plus ancienne, faisant partie des études géo-paléontologiques, et une période plus récente, susceptible d’être étudiée à l’aide des moyens propres de l'histoire et de l’archéologie et dans laquelle la question « ethnique » apparaissait essentielle. Dans l’opinion de beaucoup de spécialistes il n'y avait pas de lieux pour une discipline dédiée spécifiquement à la préhistoire de l'homme.
Ce furent les dynamiques institutionnelles, étroitement déterminées par des évènements politiques contingents, qui permirent, pendant les années 1870, que la préhistoire s’imposât comme discipline autonome, dont la particularité était une méthode fondée sur l’ethnographie comparée. De cette façon la palethnologie se détacha - explicitement et de manière polémique - de la géologie aussi bien que de l'archéologie d'époque historique.

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La préhistoire à Capri : les origines de la recherche sur le Paléolithique en Italie

Carmen Santagata
La préhistoire à Capri : les origines de la recherche sur le Paléolithique en Italie

En 1865, les chercheurs ont créé la palethnologie qui unit méthodes archéologiques et ethnographiques pour l’étude des sociétés préhistoriques. À Rome Luigi Pigorini était devenu le représentant officiel de la palethnologie et à Florence Paolo Mantegazza le représentant de l’anthropologie, tandis que les recherches préhistoriques menées à Capri par Ignazio Cerio, chercheur passionné, pas technicien, avaient déjà conduit à la découverte de sites préhistoriques.
De 1860 à 1880, Cerio découvre le plus ancien atelier de taille d’obsidienne d’Italie et la Grotta delle Felci, site occupé du Néolithique à l’Age du Bronze : ses découvertes attirèrent l’attention de Giustiniano Nicolucci, anthropologue de l’Université de Naples et des recherches furent poursuivies après sa mort jusqu’en 1941 par Blanc, Buchner et Cardini, préhistoriens parmi les plus importants d’Italie. En 1905, la découverte de pièces de faune et d’objets en pierre taillée paléolithiques attirèrent l’attention de l’ensemble de la communauté académique et de Pigorini qui, dans ces années-là, exprima sa théorie sur la propagation des cultures chelléennes en Italie et découvrit le plus ancien site paléolithique italien (Notarchirico). La découverte du dépôt de Capri s’inscrit dans ce contexte scientifique. La riche correspondance (conservée dans les archives du Museo Preistorico ed Etnografico Luigi Pigorini, de la Soprintendenza Archeologica, de Centro Caprense et de la famille Nicolucci) témoigne de l’importance des découvertes de Cerio dans le cadre des premières recherches préhistoriques en Italie et permet de mesurer l’importance du réseau scientifique national et international constitué alors.


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Science en exil – Le rôle des émigrés politiques dans la réception du darwinisme, la naissance de l’anthropologie et le début des recherches préhistor

Piotr Daszkiewicz
Science en exil – Le rôle des émigrés politiques dans la réception du darwinisme, la naissance de l’anthropologie et le début des recherches préhistoriques en Pologne

La deuxième moitié du XIXe siècle fut une période particulièrement difficile pour la science polonaise. Partagée entre trois puissances étrangères (Russie, Autriche et Prusse), la Pologne se situe alors au milieu d’une période de 123 ans (1795-1918) d’occupation. Une partie des institutions scientifiques est fermée en guise de répressions ; l’accès des Polonais aux autres institutions est administrativement réduit ; les collections et les bibliothèques sont pillées après chacune des insurrections. Dans une pareille situation, la science ne peut se développer que dans les périodes de politique de dégel des occupants ou grâce au mécénat privé. À partir de 1831, période dite de la Grande Émigration (après la défaite de l’Insurrection de Novembre), les exilés politiques jouent un rôle primordial dans la science polonaise. Une grande partie des activités et des institutions, interdites ou limitées dans le pays, se développent à l’étranger, principalement en France.
Sur le plan de la diffusion du darwinisme, les émigrés politiques ont joué un rôle d’autant plus essentiel que l’ichtyologiste Benedykt Dybowski (1833-1930), le plus important vulgarisateur des travaux de Darwin en Pologne, fut arrêté en 1864 par les autorités russes et condamné à 12 ans de travaux forcés en Sibérie. Plus généralement, c’est donc à l’étranger, en France et au sein de la Société d'anthropologie de Paris en particulier, qu’une science polonaise en exil s’est développée autour des questions d’évolution, d’anthropologie et de préhistoire.
Szymon Diksztajn (1858-1884), émigré à Paris, initia la traduction polonaise de The origin of species. Seweryna Duchińska (1816-1905) publia une série d’articles sur le darwinisme et la Société Anthropologique de Paris. Teofil Chudziński (1842-1897) et Izydor Kopernicki (1825-1891), proches collaborateurs de Paul Broca, sont considérés comme les fondateurs de l’anthropologie polonaise.
À la même époque, l’archéologie polonaise connaît un véritable tournant : la critique et la déconstruction du mythe romantique de la grandeur passée des Slaves, la naissance de recherches préhistoriques, la professionnalisation du métier d’archéologue, ainsi que la forte influence des sciences naturelles et plus particulièrement de la géologie et de la paléontologie. Les articles de Zofia Węgierska (1825-1869) sur les découvertes de Boucher de Perthes contribuent fortement à cet essor. Kopernicki est l’auteur du premier programme (1874) de recherches polonaises dans le domaine de la préhistoire ; il est aussi le premier à demander la protection des grottes « contre des dilettantes maladroits qui jouent à l’archéologie ». De fait, la Société d’Anthropologie et d’Ethnographie polonaise de Paris (1879) fut l’une des plus importantes institutions scientifiques polonaises du XIXe siècle.

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1859 et la naissance de l’archéologie préhistorique en Normandie

Monique Rémy-Watté
1859 et la naissance de l’archéologie préhistorique en Normandie

En 1859, l’archéologie normande s’exerce dans un cadre partiellement structuré par des liens avec des institutions administratives et des sociétés savantes dynamiques dont certaines, animées en particulier par Arcisse de Caumont, ont une dimension nationale. Si cette archéologie est avant tout historique, les débats sur l’ancienneté de l’homme et les questions chronologiques n’y sont pas ignorés de certains savants dès les années 1850. Face aux « événements » de la Somme, des réactions différentes se manifestent : intervention directe et adhésion rapide du jeune naturaliste Pouchet et de l’abbé Cochet, archéologue renommé, mais réticences prolongées jusqu’en 1867 de Caumont qui contribuent au silence largement dominant alors dans les publications normandes. Le rapprochement entre leurs articles et leurs correspondances révèle par ailleurs une plus grande complexité de la situation. Des différences, voire des oppositions, sont nettement perceptibles chez ces trois hommes - un médecin, intéressé par l’anthropologie et deux archéologues historiens. Elles concernent à la fois leurs attitudes intellectuelles face au débat de fond –l’antiquité et l’évolution de l’homme- et leurs pratiques mais tous trois montrent une certaine capacité à se remettre en cause. Leurs actions s’inscrivent non seulement dans un contexte régional large, à la fois scientifique et social, mais aussi assez nettement en réaction face aux milieux culturels parisiens et en liaison avec des savants anglais avec lesquels les relations sont déjà anciennes. Ce temps qui voit la « naissance » de l’archéologie préhistorique en Normandie lui confère certains caractères, plus ou moins durables, avant un second moment d’impulsion et de mutation autour de la tenue, en 1877, au Havre, du congrès de l’AFAS accompagné d’une grande exposition géologique et paléontologique, organisée par la Société Géologique de Normandie, dans laquelle la préhistoire régionale a sa place.

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Répercussions de l’affirmation de la haute antiquité de l’homme dans la presse chrétienne

Nadia Pizanias
Répercussions de l’affirmation de la haute antiquité de l’homme dans la presse chrétienne

Une partie de la presse catholique et protestante en France s’est intéressée à la science et en particulier à la géologie dans la première partie du XIXe siècle. En 1859, la reconnaissance de la haute antiquité de l’homme, qui marque la « naissance » de la préhistoire, place la question de l’homme au cœur de disciplines scientifiques comme la géologie.
Il serait intéressant de voir si l’affirmation de la contemporanéité de l’homme avec les espèces disparues est relayée immédiatement, c’est-à-dire en 1859 et 1860, dans cette presse chrétienne, qui faisait état jusqu’à présent des découvertes dans le domaine des sciences naturelles, et de voir de quelle façon celle-ci a transmis cet événement à ses lecteurs.
1859 est aussi l’année de la publication en Angleterre de l’Origine des espèces par Charles Darwin. Il apparaît légitime de se demander si le débat sur la transformation des espèces est repris dans les revues catholiques et protestantes et si celui-ci est associé à la préhistoire.
Nous souhaitons également étudier l’état de ces questions scientifiques pendant la même période en Allemagne et nous interroger sur l’existence d’éventuels éléments de convergence avec ce qui se passe en France.

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L’histoire de l’archéologie préhistorique comme patrimoine : Léon Aufrère et Boucher de Perthes

Marie-Françoise Aufrère
L’histoire de l’archéologie préhistorique comme patrimoine : Léon Aufrère et Boucher de Perthes

Sortir Boucher de Perthes de l’oubli dans lequel il était tombé : telle fut l’une des grandes affaires de la vie de Léon Aufrère. La formule de Émile Cartailhac exprime l’embarras de quiconque aborde les Antiquités celtiques et antédiluviennes (1849, 1857, 1864) et explique en partie cet oubli ou ce désintérêt : « Quel singulier mélange de divagations et de vérités !... C’est merveille que les égarements de sa raison n’aient pas discrédité ses idées justes et ses observations fécondes. » (La France préhistorique d’après les sépultures et les monuments, 19). Pour Aufrère, ces dites divagations et vérités ont conduit à la défense de la très haute antiquité de l’homme et à la constitution de la première collection d’objets que nous appelons « paléolithiques ». En défendant la très haute antiquité de l’homme, Boucher de Perthes a mis en cause une croyance fondamentale, l’apparition de l’homme il y a quelques six mille ans, et il a ainsi contribué à inaugurer une histoire géologique de l’homme : « Toute notre histoire prouve qu’on peut transformer une discipline sans la connaître ». (Léon Aufrère, Le cercle Abbeville, 279)
Sauvegarde du patrimoine matériel
Avant la guerre, Léon Aufrère collabora avec l’abbé Breuil à l’étude de gisements de la vallée de la Somme. Par ailleurs il devint familier de l’ancien musée Boucher de Perthes à Abbeville : « Toute la vie du héros m’est passée entre les mains », écrit-il. Il avait le projet de réhabiliter ce musée tombé en désuétude, mais personne ne s’y est alors intéressé.
Mai 1940 : destruction totale du musée. Puis refus de collaboration avec les Allemands. Tout devint impossible.
Mais après la guerre, en tant que directeur des Antiquités préhistoriques du Nord de la France, Aufrère a contribué à la sauvegarde de gisements éponymes de la vallée de la Somme et à la reconstruction du nouveau musée Boucher de Perthes.
Sauvegarde du patrimoine immatériel
Léon Aufrère (1889-1977) a publié 31 articles de préhistoire et d’histoire de la préhistoire, ainsi qu’un ouvrage : Boucher de Perthes (1940). Après la guerre un nouveau projet prit corps. « Toute création scientifique demande une fécondation collective » (Essai sur les premières découvertes de Boucher de Perthes et les origines de l'archéologie primitive, 46), avait-il écrit en 1936. Dans cette perspective, il se proposait de faire du nouveau musée non seulement un musée de préhistoire pour mettre en valeur les industries préhistoriques de la vallée de la Somme, mais également un « musée des origines de la préhistoire », avec les découvertes et les œuvres de Boucher de Perthes et de ses prédécesseurs à Abbeville : Emmanuel et François Baillon, Laurent Traullé et Casimir Picard. Il a rédigé à cette époque un manuscrit relatant précisément les découvertes et les œuvres de ces prédécesseurs, manuscrit que j’ai retrouvé et publié : Le cercle d’Abbeville (2007).

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Une invention de la Préhistoire par les objets, histoire et devenir de la collection Boucher de Perthes

Rachel Orliac
Une invention de la Préhistoire par les objets, histoire et devenir de la collection Boucher de Perthes

Les premières collections préhistoriques conservées dans les institutions françaises ont été constituées dès le XIXe siècle. La communauté scientifique disposa alors d’un matériel d’étude dont la diversité favorisa la contribution de plusieurs disciplines, autour d’une thématique commune : l’homme, son origine et son environnement.
1859 représente un tournant dans l’histoire des sciences humaines. Cette année marque la naissance de la Préhistoire, initiée par Jacques Boucher de Perthes, qui proposa une chronologie nouvelle concernant les origines de l’humanité ; chronologie esquissée quelques décennies plus tôt par ses prédécesseurs : géologues, naturalistes, zoologues…
Pendant plus de vingt ans, Boucher de Perthes se consacra à l’étude, l’identification et de classement de chaque élément collecté par ses soins : artefacts, débris de faune, échantillons de sédiments. Il constitua au fil des années une collection composée de milliers de « preuves scientifiques » conservées dans sa propre demeure.
Ces collections, manipulées, examinées, visitées – pour lesquelles on fut prêt à se déplacer parfois de loin – constituèrent des supports d’étude qui permirent de développer de nouvelles argumentations scientifiques. Par l’intérêt et les controverses qu’elles ont suscités, par l’histoire de leur collecte, elles étaient uniques. Que sont aujourd’hui devenues ces collections et quel statut ont-elles ?

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Archéologie d’un « sanctuaire de la Préhistoire » : histoire perdue, mémoire retrouvée (Hôtel de Chepy, Abbeville, 1859-1954)

Yann Potin
Archéologie d’un « sanctuaire de la Préhistoire » : histoire perdue, mémoire retrouvée (Hôtel de Chepy, Abbeville, 1859-1954)

Par testament daté du 25 mai 1861, Jacques Boucher de Perthes léguait à Abbeville sa demeure familiale ainsi que les collections, papiers, livres ou œuvres d’art qu’elle contenait – jusqu’aux ustensiles ménagers, « ce qui donnera par la suite […] un spécimen rare d’une cuisine du 19e siècle »… La fondation de ce « sanctuaire », à la fois personnel et municipal, dont l’originalité reste à évaluer à l’aune des pratiques contemporaines de la mémoire savante et littéraire, avait pour but, à l’image d’une fossilisation, de suspendre le temps dans un espace restreint. Il s’agissait de figer une atmosphère autant qu’un événement, de célébrer le berceau autant que la naissance, de ce qui n’est devenu que bien plus tard « la » Préhistoire. La sacralisation des lieux n’empêcha toutefois pas l’érosion des discours : l’œuvre imprimée du fondateur fut vendue à l’encan en 1874, moins de six ans après sa mort, par des héritiers contrariés par un gel patrimonial imposé.
Disparue sous les bombes qui pilonnèrent Abbeville le 20 mai 1940, la « capsule de temps » que constituait l’hôtel de Chepy est depuis lors l’objet d’une sorte de légende archéologique, toutefois accessible par les notes de travail de Léon Aufrère, recueillies au sein du « sanctuaire » au cours des années 1930. Devenu malgré lui le témoin d’un lieu, et non plus seulement le lecteur critique d’ une œuvre, Aufrère fut, au lendemain de la guerre, en tant que directeur des Antiquités préhistoriques de Picardie l’artisan de la refondation d’un nouveau Musée, inauguré en 1954, cinq ans avant le centenaire d’une reconnaissance qui ne fut pas célébré.
En confrontant effets de mémoire et d’oubli, successivement suscités par la préservation du monument, la réception de l’œuvre et les multiples manifestations visant à relever le souvenir du fondateur – érection d’une statue à Abbeville en 1908, centenaire de la découverte du coup-de-poing de Thuison en 1932, centenaire de la publication du premier tome des Antiquités Celtiques et diluviennes en 1949, cette communication se propose de revenir sur la fabrique des origines de la Préhistoire.

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